Comment protéger les enfants sur internet

Les défis de la cyber-génération

Les adolescents d’aujourd’hui sont tombés dans la «marmite» d’Internet dès leur plus jeune âge. Au fil de des dernières décennies, et au grand dam de certains parents, on les a vu tour à tour délaisser leurs sacro-saints bouquins pour la télévision, le game-boy ou autres consoles de jeux… Les voici, à présent, devenus des «accros» de cette fascinante révolution du XXIème siècle : le Web.

Enivrante et diabolique à la fois, cette nouvelle technologie a permis à l’homme de réaliser ce vieux rêve de communiquer à la vitesse de la lumière par delà les distances et par delà le temps. Devenu incontournable, Internet apparaît comme la pire et la meilleure des choses. Il peut être à la fois un merveilleux outil de travail mais aussi la source de bien des avatars.

On jongle de plus en plus tôt sur le Web. Dès 6 ans, les marmots y esquissent leurs premiers pas, souvent pour la plus grande frayeur des adultes. En Europe, nonante pourcent des jeunes surfent sur la toile (contre 72% en 2003). 95% possèdent leur propre GSM avec en tête du peloton les Italiens (98%) et pour fermer la marche les Français (88%).

Initiative

Beaucoup de parents se sentent exclus du cyber-univers de leur progéniture. Cette profusion de « chats », de blogs, sans oublier cette écriture phonétique indéchiffrable pour les non-initiés les laisse perplexes. Certains, aussi, se sont inquiétés de voir leurs chérubins tomber sur des sites douteux voire nuisibles. Des organisations se sont créées, des actions se sont concrétisées afin d’élaborer un Internet plus sûr pour les mômes et plus sécurisant pour leurs aînés.

C’est ainsi qu’est né dès 2004 Safer Internet Belgique dont les chevilles ouvrières sont le CRIOC (Centre de Recherche et d’Information des Organisations de consommateurs) et Child Focus avec actuellement une prépondérance de cette dernière organisation en matière de moeurs. Avec le soutien de la commission Européenne, une plate-forme fut constituée associant également le Centre pour l’Egalité des Chances et la lutte contre le racisme, le CIAOSN (Centre d’Information et d’Avis sur les Organisations sectaires nuisibles) et l’ISPA (Internet Service Provider Association). Un site fut créé ( www.saferinternet.be ) et une journée de rencontres annuelle fixée (en l’occurrence le 6 février) fut inaugurée en 2005. Ce projet belge fait partie de la coupole européenne « Insafe » ( www.saferinternet.org ) qui coordonne le travail similaire effectué dans les autres pays de l’Union. Cette initiative a fait en quelque sorte tache d’huile et intéressé d’autres nations comme l’Australie et les Etats-Unis. Il en résulte qu’actuellement une quarantaine de pays collaborent pour essayer d’endiguer les risques majeurs encourus non seulement sur le web mais aussi par GSM, par les blogs, les sms, skype…

Encyclopédie

Si Internet constitue une formidable encyclopédie, cette nouvelle technologie éducative n’est encore que modestement utilisée dans les établissements scolaires. En Belgique, on compte en moyenne moins de huit ordinateurs connectés par 100 élèves contre plus ou moins 10 dans le reste de l’Union, plaçant ainsi notre pays en 17e position de la classe européenne. D’après une étude réalisée par Mediappro, il ressort que de nombreux ados déplorent cet état des choses arguant qu’il est important, voire très important, que l’école leur permette un meilleur accès à Internet (68 %) et les aide à trouver de bons sites (52 %).
C’est surtout à domicile (80 %) que les jouvenceaux du Vieux Continent «flirtent» avec le web. Ils l’utilisent d’abord à des fins de recherche (90 %), pour envoyer des mails (69 %), pour télécharger des fichiers (60 %) et pour écouter de la musique (67 %). Par ailleurs, ils sont loin d’être aussi naïfs que ce que l’on pourrait craindre. Ainsi 47 % d’entre eux déclarent ne jamais ou rarement (22 %) parler à des inconnus qu’ils auraient croisés sur la toile.

Blog

En Belgique, nos galopins sont de fervents adeptes de MSN Messenger et du téléphone portable principalement pour rester en contact avec les amis. Mais là où, ils sont les champions toutes catégories c’est en matière de blog. Près de quarante pourcent d’entre eux déclarent posséder un blog. Ce qui les place largement en tête de la moyenne européenne qui se situe à 18 %. Cette activité, beaucoup plus répandue chez les demoiselles que chez les garçons, est en quelque sorte la transposition en ligne des « journaux intimes » que tenaient leurs parents ou grands-parents et est destinée, en principe, à un cercle restreint de copains. Cette pratique reste néanmoins temporaire et s’étale généralement de six mois à un an.

La prolifération de blogs dans notre pays serait due selon les analystes à l’action de certains fournisseurs d’accès et notamment Skynet qui encourage leur construction. Mais ce nouveau moyen de communication ne comporte pas que des avantages, il peut aussi être la source de bien des dangers. Et un canular de potache qui pourrait paraître bien anodin, peut parfois avoir des conséquences dramatiques.

Beaucoup d’ados ne font pas toujours la distinction entre ce qu’on peut et ce qu’il convient de ne pas faire sur le web. D’autant plus que la plupart d’entre eux (70 %) ne veulent pas circuler sur la toile masqués et réfutent les conseils d’anonymat que leur prodiguent les adultes. Le blog ne peut devenir, sous peine de retour de manivelle, une sorte d’exutoire injurieux ou blessant. Ainsi la publication de la photo d’un enseignant (les profs de math et de néerlandais seraient particulièrement prisés) assortie de propos salaces et d’une signature est à éviter !

‘Googlemania’

A ne pas oublier non plus qu’Internet est intemporel. Ainsi, la «googlemania» s’est emparée d’un certain nombre d’employeurs qui n’hésitent pas à puiser dans le moteur de recherches des renseignements sur leurs (futurs) employés. La médiatisation d’un mode de vie débridé ou d’opinions politiques trop marquées peut nuire à l’obtention d’un job ou être la cause d’un licenciement. L’inverse est tout aussi vrai, à condition d’avoir su maîtriser son identité numérique.

Il ressort également de l’enquête de «Mediappro» que les jeunes sont friands (48 %) du téléchargement. Même s’ils savent que c’est interdit, ils ne perçoivent pas le volet éthique et n’ont qu’une faible connaissance des risques encourus. Le «chat», par contre, s’essouffle. Septante pourcent des ados déclarent ne jamais le pratiquer. La plupart avoue qu’ils s’y sont adonnés puis ont arrêtés. Ce nouveau vecteur de communication devient l’apanage d’une certaine catégorie d’experts qui « chattent » par plaisir de faire des rencontres. Par ailleurs, l’e-commerce ne leur inspire pas beaucoup confiance. Près de 80 % n’achète jamais rien en ligne. La cyber-dépendance est également marginale (entre 2 % et 4 %).

Fléau

L’un des principaux fléaux d’Internet est bien évidemment la pornographie avec toutes les dérives qui en découlent. Son industrie constitue à elle seule un budget de 57 millions de dollars à travers le monde soit nettement plus que les revenus combinés des chaînes de télévision américaines ABC, CBS et NBC qui totalisent 6,2 millions de dollars. Le secteur de la sécurité informatique quant à lui n’atteint que 6,3 millions de $ .

L’industrie des « loisirs pour adultes » comme disent pudiquement certains, a toujours été pionnière en matière de nouvelles technologies. Qu’on se rappelle les débuts de la vidéo grand public à l’aube des années ’80 qui vit la consécration du système VHS. Celui-ci remporta haut la main sa bataille contre ses concurrents Betamax et V2000 parce qu’il disposait à profusion de cassettes classées X ou d’horreur. Par la suite, le porno-business a aussi été à la base du streaming video, de la publicité par pop up, de la facturation électronique, etc…

Dès le départ, la déferlante du cyberporn sur la toile a été pointée du doigt mais il n’est pas aisé de combattre un commerce juteux qui jongle avec des dizaines de millions de dollars et compte une marée de clients. Tout au plus, peut on limiter ses points d’accès et endiguer son ubiquité. D’autant que si les images pornographiques sont nuisibles pour les enfants et peuvent gravement les perturber, elles ne sont pas illégales. Il n’en va pas de même pour la pernicieuse pédopornographie qui très vite a fait l’objet de filtrages de la part des fournisseurs d’accès et de mesures coercitives menées par les autorités judiciaires. Ce qui ne signifie pas que tout danger soit définitivement écarté. La vigilance des aînés reste de mise.

Arnaque

Actuellement, on commence à relativiser les risques encourus sur le net. «Beaucoup de personnes sont braquées sur les affaires de mœurs, déclare Antoinette Brouyaux, porte-parole du CRIOC, alors que la société est confrontée a beaucoup plus d’arnaques financières ou économiques. Et si les problèmes pédopornographiques existent, il ne faut pas qu’il y ait une focalisation sur ce sujet effaçant d’autres problématiques bien plus larges.
Pour ce qui nous concerne, ajoute Mme Brouyaux, nous n’avons jamais été favorables à l’adjonction de filtres sur les ordinateurs familiaux sauf si on nous annonce des progrès révolutionnaires en cette matière. Nous savons que c’est toujours aléatoire. Il nous semble qu’il vaut mieux éduquer les enfants surtout les plus jeunes et essayer de leur inculquer un esprit critique vis-à-vis du contenu d’Internet. L’interdiction crée souvent l’inverse du but recherché. C’est un peu comme la prohibition. »

Complexe

« D’autre part, poursuit-elle, il est important que les parents restent en contact avec leurs enfants et les éducateurs avec leurs élèves et débattent de ces questions. Il faut décomplexer les aînés qui sous prétexte d’être moins adroits manquent de vigilance. Les jeunes internautes ont besoin d’avoir une vision d’adultes sur ce qu’ils font. Cela les valorise et c’est donc très positif. L’apprentissage peut se faire dans les deux sens. Ils peuvent apprendre aux adultes la technique mais sur le plan du contenu et de l’expérience de vie, nous avons beaucoup à leur donner».

Mis à part l’esprit critique, il faut inculquer aux enfants la notion de discrétion. Il est utile qu’ils ne dévoilent pas leurs coordonnées à n’importe quel quidam de la toile. Et cela, pour des mesures de sécurité de tous ordres. Or, d’après une récente enquête réalisée par l’Université d’Anvers, il ressort que près de huit sites Internet sur dix consacrés aux jeunes collectent des informations privées dans un but de marketing. On leur demande leur nom (87 %), leur adresse e-mail (87 %), l’adresse du domicile (57 %), le numéro de téléphone ou de GSM , mais aussi l’âge, le sexe, le hobby, etc. Et comme, il y a souvent un chouette cadeau à la clé, les potaches remplissent toutes les cases sans bien réfléchir… D’où, une fois encore, l’importance de l’éducation pour aider les mineurs à gérer certains risques. Les adultes peuvent intervenir sans pour autant jouer à l’intrus, ni s’immiscer dans l’intimité de leur progéniture.

Diaboliser

Il existe encore bien d’autres pièges plus sournois qui menacent les jeunes internautes comme les mouvements sectaires, la haine raciale, le harcèlement… Chacun de ces problèmes mériterait tout un chapitre !
Evitons cependant de diaboliser Internet. Son expansion phénoménale est vecteur de progrès et de rapprochement entre tous les êtres de la planète. Le tout sera de s’en servir à bon escient et de pouvoir maîtriser ses dérives. De formidables défis à relever pour la cyber-génération !

SITES UTILES

www.saferinternet.be : site de la plate-forme belge Safer Internet. Une mine d’informations pour naviguer en toute sécurité avec entres autres les jeux pédagogiques : « Sourifou » destiné aux 6-9 ans et « Matmonblog » qui apprend au 9-12 ans à créer un blog.

www.web4me.be : site pour les ados de 14-18 ans qui leur permet de leur faire face à certains pépins qu’ils pourraient rencontrer sur la toile qu’ils soient techniques ou relevant de pratiques douteuses.

www.arnaques.be : site du CRIOC qui dispense, au travers de centaines d’exemples, des conseils pour avoir de bonnes réactions face aux escroqueries qui circulent par le biais des nouveaux médias.

www.clicksafe.be : un site parmi d’autres de Child Focus qui informe enfants, parents et enseignants des risques encourus sur Internet.

www.internetsanscrainte.fr : site français du projet européen Insafe, destiné aux jeunes comme aux adultes, qui fourmille d’informations et d’animations éducatives.

www.hoaxbuster.com : site français destiné à détecter canulars et virus… qui circulent sur la toile.

www.ecops.be : point de contact en ligne destiné aux internautes qui constatent des abus de tous ordres sur le web. Ce site qui permet de contacter même anonymement la Computer Crime Unit (FCCU de la police fédérale) chargée de la lutte contre la criminalité informatique, contient également une foule d’informations utiles.