Phrase simple mais mission délicate: ‘Achète-moi un baladeur’

Si un petit homme vert, venu d’une lointaine planète, se retrouvait un jour sur un trottoir d’une de nos villes ou même d’un tout petit village, il serait frappé sans doute par la maladie dont semble souffrir la majorité des habitants – et principalement les jeunes – de notre bonne vieille Terre. « Mais ils sont tous sourds » penserait-il en voyant les fils sortir de leurs oreilles pour se rejoindre sur un boîtier. Il se trompe du tout au tout car, à l’inverse, c’est tout cet attirail qui risque à la longue de frapper de surdité le possesseur qui ne l’utiliserait pas intelligemment et multiplierait l’envoi de décibels vers ses tympans. Il n’empêche qu’il est bien plus agréable de marcher au rythme de ses chansons préférées qu’à celui des coups de klaxon et que l’audio portable vit ses heures de gloire grâce à une miniaturisation poussée à l’extrême.

C’est la bonne vieille cassette qui, la première, a promené son contenu musical tout au long des chemins. Mais les supports n’arrêtent pas d’évoluer, les systèmes de compression font de même et le téléphone portable devient le concurrent sérieux des baladeurs traditionnels.

Un choix difficile

Avant de bien choisir son baladeur, il faut tenter de cerner d’abord ce que l’on compte lui demander. En fonction de ce critère, on peut opter pour un véritable baladeur qui trouve place dans une poche, à la ceinture, voir autour du cou ou alors se munir d’un juke-boxe, plus lourd et encombrant, ce qui se comprend si l’on pense que son disque dur peut contenir la quasi totalité de la discothèque personnelle de son propriétaire. Les partisans du tout en un se contenteront aisément d’un de ces GSM dont la qualité de restitution du son est parfois surprenante et certains portent d’ailleurs la griffe d’une marque de baladeurs comme pour en garantir la qualité sonore. Enfin, le transport du son s’accompagne maintenant de celui des images fixes ou animées et ce sont de véritable centres multimédia qui nous accompagnent partout.
Ce qu’il faut éviter, c’est de choisir une capacité de stockage trop faible ce qui ne permet pas d’emporter une quantité suffisante de musique. Le choix minimal serait une carte de mémoire flash de 512 Mo qui permet au baladeur d’emmagasiner près de huit heures de musique, soit une centaine de chanson. Les disques durs intégrés dans les juke-box ont une capacité qui débute aux environs de 3 Go, mais ceux-ci seront remplacés par des cartes flash qui atteignent maintenant cette capacité. Les plus performants offrent parfois jusqu’à 160 Go de place ce qui leur permet d’accueillir des milliers de plages, 5000 et plus.
Le grand avantage de la carte mémoire est qu’elle ne comprend aucun élément mécanique et est donc bien moins fragile aux chocs qui peuvent toujours survenir lors des déplacements.

Les formats

Un second élément primordial est la norme de compression de la musique. Un CD audio ne porte que des données non compressées, ce qui donne un total de 176 ko pour une seconde de musique en stéréo soit un peu plus de 10 Mo pour une minute. Une chanson durant en moyenne quatre minutes, il faudrait 40 Mo de mémoire par plage. Dans ces conditions, il est impossible d’accumuler assez de musique sur un support transportable.
De nombreux développeurs se sont donc lancés dans la recherche de ce compromis apparemment impossible : diminuer la place prise par la musique sans en altérer la qualité.
Ils ont bien réussi dans leur tâche puisque leurs formats de compression permettent de diviser la quantité de données par un facteur variant de 8 à 15 quasi sans perte de qualité. De plus, il est encore possible de jouer sur le débit, c’est-à-dire le flux d’informations par seconde de musique. Au plus il est important, au plus la qualité devient bonne mais restreint d’autant la place de stockage.
Si le procédé de base est toujours le même, éliminer les fréquences que l’oreille ne perçoit pas ou très peu, la prolifération des formats de compression n’est pas sans causer problème car les compatibilités ne sont pas toujours au rendez-vous.
Pour tenter de déblayer le terrain, mieux vaut présenter les principaux formats que vous allez rencontrer dans le matériel que l’on va vous présenter.

Le MP3

C’est probablement la norme la plus répandue et qui permet par ailleurs les modifications de flux les plus importantes, de 32 à 320 kbps (kilobits par seconde). A 128 kbps la qualité est suffisante pour les chansons, à 192 kbps on atteint la qualité du CD audio alors qu’une minute de musique équivaut à 1,4 Mo de données. Et ce n’est pas tout, on peut encore choisir un débit variable (Variable Bit Rate) qui comprime plus fort certains passages musicaux en diminuant quelque peu la place prise.

Le MP3 dérivé du MPEG1 présente cependant un avantage incontesté, il est universel, compatible avec quasi tous les types de baladeurs et s’intègre dans bien des chaînes Hi Fi, des lecteurs DVD de salon ou même d’autoradios. On le retrouve également sur beaucoup de sites de téléchargement. S’il est bien suffisant dans la majorité des utilisations, il n’est pas parfait pour la musique classique.

Le MP3 Pro

Les concepteurs de la norme MP3 ont tenté, avec le MP3 Pro d’améliorer leur produit, principalement la restitution des fréquences élevées pour améliorer la qualité d’écoute. De plus, le MP3 Pro est encore plus efficace en compression. Le manque d’encodeur gratuit en cette norme a nuit fortement à son développement et on peut penser qu’elle ne percera plus définitivement.

Le WMA

Evidemment, lorsque Microsoft se lance dans une aventure, il y met le poids. Son but était de contrer l’omniprésence du MP3 car la firme supporte difficilement une hégémonie de marché par un concurrent. Pour cela, sa norme WMA vise à respecter plus efficacement les caractéristiques de l’oreille humaine en ne supprimant que les fréquences réellement inutiles. De plus, la qualité sonore du CD audio est obtenue avec un débit de 128 kbps seulement soit 1 Mo pour une minute de musique. Avantage majeur, le WMA est intégré au Windows Media Player, donc gratuit et assuré d’une diffusion très large. Enfin, comme il est lié à une gestion des droits d’auteur, il est utilisé par certains sites de téléchargement de musique. Beaucoup de baladeurs acceptent cette norme.

L’ AAC

L’ AAC, adopté par Apple et conçu par un travail commun des créateurs du MP3, de Sony et de Dolby notamment, ne dérive pas du MPEG-1 (compression sonore utilisée pour les vidéos de ce format) mais bien du MPEG-4 (format à l’origine du DivX). C’est sans doute le ‘top’ des normes de compression et il offre d’ailleurs le meilleur compromis compression-qualité sonore. Cette fois la qualité d’un CD s’obtient avec un débit de seulement 96 kbps. Comme le WMA il gère les droits d’auteur mais on ne le retrouve que sur le site de musique en ligne iTunes d’ Apple et dans les baladeurs de la firme. Quelques logiciels, cependant, le contiennent.

L’ OGG Vorbis

Tout comme le système Linux, l’ OGG Vorbis est un format ‘ouvert’, ce qui veut dire qu’il est transformable par tous ceux qui ont les capacités de programmer. Il est assez efficace bien qu’il n’agisse pas exactement comme les autres normes. Il segmente les sources sonores en paquets et agit paquet par paquet. Il permettrait de restituer jusqu’à 255 canaux son. Il est compatible avec de nombreux logiciels d’encodage et lecteurs.
Soigneusement examiner, à l’achat, quelles sont les normes supportées par l’appareil convoité n’est donc pas une perte de temps mais une nécessité, tout comme il convient de préciser au vendeur ce que l’on désire obtenir du matériel et comment et d’où on pense charger la musique.

Le chargement de musique

Car si l’on peut penser qu’il n’y a rien de plus simple que de charger de la musique d’un PC vers un baladeur, c’est vrai lorsqu’on se contente de transférer quelques plages d’un CD vers celui-ci. Encore que même dans ce cas des complications peuvent survenir. Il semblerait que les système de protection contre le piratage intégrés au nouveau système d’exploitation Vista de Microsoft ne permettrait plus de transférer de la musique et des images que vous avez cependant achetées en toute légalité sur Internet et enregistrées ensuite, par exemple, sur un CD destiné à votre autoradio.
Car la plupart du temps, la musique s’achète sur Internet. Et chaque site de téléchargement utilise UN format précis et SA technologie anticopie. En clair, ce que l’on charge sur Internet n’est pas compatible avec tous les baladeurs. Si vous téléchargez depuis le site Itunes, seul un Ipod peut lire ces sons et images bien verrouillées par ailleurs.
Des chansons puisées sur le site Sony Connect et codées en Atrac, système de compression utilisé pour les mini disques, ne sont lisibles que par des baladeurs de la firme.
La plupart des autres sites sont compatibles avec la norme WMA. Mais tous les baladeurs compatibles WMA ne peuvent pas lire des fichiers WMA protégés ! La précision ‘Play for sure’ qui figure sur certains emballages signale que le baladeur est compatible avec la musique WMA ou les vidéos WMV achetées en ligne.
Prenez donc votre temps avant d’acheter votre matériel et choisissez un magasin ou le vendeur sait de quoi il parle et prend le temps de vous renseigner complètement.

Fonctions diverses

Les petits baladeurs MP3 sont très agréables à utiliser et sont, pour la plupart, reconnus comme une unité de stockage externe par l’ordinateur. Cela facilite grandement les échanges d’informations ou de fichiers entre les deux. Un simple glisser-déposer et le tour est joué.
De plus, ils servent également, si nécessaire, de simple clé USB.
Les juke-box deviennent peu à peu les ‘fourre-tout’ puisqu’ils ne se contentent plus de balader de la musique mais se transforment en véritables magnétoscopes numériques portables.
Vu les énormes capacités de stockage, il est devenu impossible de se passer d’un logiciel de transfert et de gestion, un outil bien nécessaire qui, la plupart du temps, est d’ailleurs imposé à l’utilisateur.

Parmi les fonctions supplémentaires qui viennent s’ajouter au simple stockage de musique, citons les fonctions dictaphone et radio FM ainsi que la possibilité, grâce à une entrée ligne, d’enregistrer notamment au départ d’une chaîne Hi Fi.
Peu à peu, baladeurs MP3 et juke-box forment deux marchés distincts et visent des utilisateurs différents. Musique et simplicité pour les uns, possibilités de plus en plus étendues mais complexité de gestion pour les autres.

Pas de panne de courant

On ne pense pas toujours à chercher dans les spécifications techniques quelle est l’autonomie du baladeur que l’on convoite. Et c’est cependant un des éléments essentiels puisqu’il est destiné à vous suivre à l’extérieur loin des prises de courant. On ne trouve pas encore de marchands de piles ambulants, mieux vaut donc être certain de ne pas tomber en panne de courant en pleine campagne. Plus de son, des écouteurs muets… le drame.
Dotés de piles ou de batteries rechargeables, les baladeurs moyens offrent jusqu’à 15 heures d’autonomie. Les plus performants près de 50 heures.

De toute façon, la solution la plus pratique –et la moins chère à la longue- est d’utiliser un baladeur utilisant des batteries rechargeables et de prévoir, lors des longs déplacements, un second jeu de batteries chargées. Il est donc évident qu’il faut également acheter un chargeur de batterie et oublier la peu pratique recharge par le port USB d’un PC.

Il ne faut pas oublier que les baladeurs vidéo consomment bien plus dès que l’on ne se contente plus d’écouter de la musique.
De plus, la plupart des baladeurs sont munis d’écrans, évidemment proportionnels à sa dimension. Lorsque la vidéo vient compléter la musique, l’écran se doit de posséder des dimensions suffisantes. Il faut au minimum un écran couleurs de 10cm de diagonale et une sortie vidéo sera bien appréciée pour regarder les images en groupe, devant le bel écran d’un téléviseur.
Attention à la solution intégrée parfois proposée, la batterie non amovible. En cas de problème de batterie, c’est tout l’appareil qui part en réparation ou… à la casse.
Alors si un de vos proches vous affirme vouloir un baladeur pour la fête ou l’anniversaire qui s’annonce, prenez quelques vitamines, un calmant nerveux et une journée de congé.
Bonne chasse.

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